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دار الحكمة

DE LA REMISE CONFIANTE DE SES AFFAIRES À ALLÂH (سبحانه و تعالى) (TAWAKKUL) ET DES STATIONS QU’ELLE COMPORTE – ABD AL-QADIR AL-JILANI

Tu n’es voilé de la grâce d’Allâh (سبحانه و تعالى) et de Ses bienfaits que par ta confiance placée en les créatures et les causes secondes (asbâb), en les artifices (as-sanâ’i’i)1 et les possessions. Les créatures sont le voile qui t’empêche de gagner ta vie selon la Sunna, ce qui est le véritable gain. Tant que tu restes auprès des créatures, espérant leurs dons et faveurs, t’adressant à eux dans ce but, te tenant en permanence à leurs portes, tu demeures un associateur ! Tu associes Allâh (سبحانه و تعالى) au crée ! Dès lors, Il te châtie en te privant de gain de ta vie selon la Sunna ; c’est-à-dire en acquérant exclusivement le licite de ce monde.

Si maintenant tu te repends de cette station auprès des créatures et de l’association du crée à ton Seigneur ; si tu retournes au « kasb »2, te nourris par son moyen et y places ta confiance avec assurance, mais en oubliant la faveur du Seigneur ; tu demeures tout autant un « associateur » ! Il s’agit d’une « association » cachée, plus subreptice que la première. Allâh (سبحانه و تعالى) te châtie de ce fait, te dérobe Sa Faveur et le début de Son Don.

Si maintenant tu te reprends de cette situation et élimines « l’association » qui s’interpose ; si tu ne places plus ta confiance en l’acquisition (kasb), et en tes force et puissance : tu contemples alors Allâh (سبحانه و تعالى) comme étant Le Pourvoyeur (razzâq). C’est Lui qui occasionne et facilite l’acquisition, et donne la force pour ce faire. Il favorise et permet tout bien. La richesse (rizq) est entre Ses mains.

Parfois il te la fait parvenir par le truchement des créatures, à la suite de la demande que tu leur adresses en état d’affliction ; parfois aussi à la suite d’efforts de mortifications (riyâda) ou encore en réponse à la demande que tu Lui adresses (directement) ; D’autres fois, c’est par la rémunération d’un travail accompli, ou bien par la seule faveur spontanée, sans que tu puisses identifier le moyen mis en œuvre. Apaisé, tu t’es tourné vers Lui.

Il lève le voile jeté entre toi et Sa Faveur. Il te nourrit par Sa Grâce pour chacun de tes besoins, selon ce qui correspond à ton état. Il procède comme le ferait un médecin plein de compassion auprès d’un malade, te protégeant, te gardant pencher vers « autre que lui ». Il te comble de satisfaction par Sa faveur. Dans cet état, s’éloignent de ton cœur toute volonté propre, tout désir, toute jouissance, toute demande, et tout objet bien-aimé. Rien n’y demeure sinon la volonté du Seigneur.

Lorsqu’ Il veut conduire jusqu’à toi la part qui t’es indispensable, et qui n’est le lot du nul autre, il provoque en toi le besoin de cette part et te la fais parvenir au moment approprié, te faisant également prendre conscience qu’elle ne vient que de Lui. C’est alors que tu Le remercies, et connais pour sûr. Il augmente à ce moment ton affranchissement des créatures et ton éloignement des hommes ; et tu vides enfin ton cœur (al-bâtin) de tout autre que Lui.

Lorsque ton savoir croît ainsi que ta certitude, que ta poitrine s’élargit et ton cœur s’illumine, que ta proximité et ton rang auprès de ton Seigneur (mawlâ) augmentent, tout comme ta capacité à garder les secrets, alors tu sais à quel moment te parviendra la part allouée. Celui est un effet de Sa Générosité envers toi, un égard qu’Il accorde à ta dignité, par pure faveur et comme présent de Sa part.

Allâh (سبحانه و تعالى) dit : « Nous avons suscité d’entre eux des imâms qui guident par notre Ordre, du fait de leur patience et de leur certitude quant à nos signes »3 et aussi : « Craignez Allâh (سبحانه و تعالى), et Allâh (سبحانه و تعالى) vous enseignera »4. Puis Il t’investit du pouvoir de générer les choses (takwîn), par une permission (idn) explicite, ne comportant aucun ambiguïté, et par des indications brillantes comme le soleil ; par Ses paroles plus agréables que toute autre douceur et par une intuition véridique, sans confusion aucune, purifiée de toute captation psychique ou suggestion du diable maudit. Allâh (سبحانه و تعالى) a dit : « Ô fils d’Adam ! Je suis Allâh, point de Dieu sinon Moi. Je dis à la chose « sois », et elle est. Obéis-moi, Je te rendrais tel que tu diras à la chose « sois » et elle sera »5

Certes, il a ainsi agi avec beaucoup de Ses Prophètes et se Ses Saints et Privilégiés d’entre les fils d’Adam.

 Abd Al-Qadir al-Jilani

Notes :

[1] – Les arts (le même mot désigne aussi l’artisanat) et les objets produits par eux.

[2] – Cf. la note n°62.

[3] – Qur’ân, sourate n°32, verset 24.

[4] – Qur’ân, sourate n°2, verset 282. « Wa ittaqû Allâh wa yu’allimukumu Allâh » : Cette injonction qur’ânique suffirait à elle seule de guide. La taqwâ, qui implique la vigilance et la prise de conscience de ce dont il s’agit, ainsi que la mobilisation attentive de toutes les facultés dans l’obéissance à Allâh, est le moyen pour recevoir directement Son enseignement (Cf. 17ème discours).

À l’intention de certains qui s’imaginent pouvoir piller les méthodes traditionnelles, il faut préciser : l’attention, oui, mais sans orgueil ni la fatuité.

[5] – Hadîth Qudsî.

Source : Abd Al-Qadir al-Jilani – L’Accès au Mystère

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