La maison de la sagesse

دار الحكمة

Résumé de la vie de Shaykh Uthman Dan Fodio

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1) Au village natal: la naissance du saint

Les biographes s’accordent tous pour situer la naissance du Cheik Uthman en 1754. Il naquit dans un village appelé Marata (1) situé au Nord-Ouest du Gobir (village de sa famille maternelle). Uthmân Dan Fodio grandit dans la lumière de l’islam. Il était d’une intelligence remarquable. Il apprit le Coran très jeune. Tout jeune qu’il était, il ne laissait passer aucune prière. D’après Malam Aboubacar Ouseini, alors qu’Uthman Dan Fodio était fort jeune, son père Muhammad Fudî  l’envoya chercher un Coran chez son oncle à Marnona situé à environ douze kilomètres de Degel. Le jeune Uthmân partit pendant que son père s’apprêtait à accomplir la prière d’al-asr (2). Aussitôt, la prière commença par l’appel du muezzin : « allâhu akhbar… » tout à coup on vit surgir le jeune Uthmân dans le rang (saf) au côté de son père.

 «As-salam alaykum » la prière se termina :

Le père lui demanda : – « Uthmân, que fais-tu là, je t’avais envoyé non ? »

 – « Voilà le Coran, père ! » lui répondit le jeune Uthmân

Le père d’Uthmân fut très étonné de la rapidité de son fils, le temps qu’il aurait mis entre Degel et Marnona semblait impossible. Il envoya aussitôt quelqu’un auprès de son frère à Marnona pour savoir si Uthmân était vraiment venu chercher le Coran. Selon l’oncle, le jeune Uthmân était bien là pendant qu’il s’apprêtait à faire la prière d’al-asr.

Malam Aboubacar se plaît à insister sur l’indépendance d’esprit dont, tout jeune, il fit preuve vis à vis de ses parents et de ses maîtres. L’enseignement par Taqlîd, (acceptation ou imitation aveugle), ne le satisfait point. D’où vient que l’enfant d’un musulman devient automatiquement musulman et que celui d’un infidèle devienne infidèle, se demandait-t-il ?

Le jeune Uthmân fut un jeune garçon différent des autres. L’aristocr peule le préparait à sa destinée.

2) La formation

Uthmân reçut de nombreux enseignements et particulièrement en deux endroits : le Gobir et l’Aïr.

– Au Gobir

Parmi ses maîtres, on trouve au premier rang son père auprès de qui il apprit le Coran et la langue arabe, puis ses oncles, dont Muhammad Sambo ; il reçut auprès de lui l’enseignement des sciences religieuses notamment le hadith et le tafsîr jusqu’en 1793. Cette année-là, son oncle mourut sur le chemin du retour, au terme d’un pèlerinage à la Mecque. Ce fut dans ce milieu familial hautement cultivé que le jeune Uthmân reçut l’essentiel de son éducation de base.

A l’époque, tout comme aujourd’hui, les jeunes enfants suivaient l’enseignement de base centré sur la lecture et l’écriture des versets coraniques : le maître écrivait tel passage du Coran que les élèves recopiaient avec un roseau trempé dans l’encre sur des tablettes de bois et le récitaient jusqu’à ce qu’il soit parfaitement mémorisé. Uthmân Dan Fodio a terminé ce premier apprentissage de la lecture du Coran à l’âge de huit ans. Il récitait les versets coraniques par cœur. Très tôt, il se distingua de ses camarades par sa capacité à mémoriser de façon rapide les versets coraniques; par son enthousiasme et sa curiosité pour la langue arabe.

Après la formation familiale, Uthmân continuera sa quête du savoir auprès des savants. Il poursuivit ses études des commentaires et l’exégèse du Coran tafsir, hadith, langue arabe (lughat), grammaire (nahw), le droit musulman (fiqh), la théologie dialectique (kalâm) et la rhétorique (balâgha), etc.

-En Aïr

Al-hâjj Djibril b. Umar connu sous le nom Malam Gibril dan Omar le plus célèbre des maîtres d’Uthmân Dan Fodio. Il appartenait au groupe dit des Watssakkawa qui suivirent le sultan Agabba d’Agadez (3) jusqu’en Adar au début du XVIIIème siècle. Malam Gibril fit deux pèlerinages à la Mecque et vécut également au Caire. Il aurait passé une vingtaine d’années au Moyen Orient. Au retour de son premier pèlerinage, il se rendit au Gobir pour y réformer les pratiques religieuses. Ce fut au cours de cette mission qui se termina par un échec qu’il rencontra Uthmân Dan Fodio qu’il emmena jusqu’à Agadez. Uthmân Dan Fodio étudia auprès de lui durant une année, il apprit le fiqh (le droit musulman), entre autres les œuvres de Ahmad b. Idrise (4) (mort en 1285) ; les œuvres de Muhammad b. yûsûf al-sanûssî (m. 1490) parmi eux, les trois créneaux qui traitent du Tawhîd (unicité divine) selon la doctrine Malikite ce sont : al-kubra, al-wusta et al-sughra (5) (la grande, la moyenne et la petite). Il étudia également auprès de lui le « Mukhtasar : « awwal et siinî » de Khalîl (m.1374) ; le Shifa’ de Qadî `Iyâd (m.1149) ; les œuvres « Kawkab al-sâti, al-kasf ‘an hadhihi al-umma al-alf» de l’Egyptien Jalâl dîn `abd al-Rahman b. Abî Bakr al-Suyûtî (m.1505), et de l’algérien Abd al-karim al-Maghilî al-talmasanî (m.1510). D’une manière générale, l’ensemble des œuvres rentrant dans le cadre de sa formation allait du XIIe au XVIème siècle. Malam Djibril fut surpris par l’éloquence de son futur disciple. Au moment où il préparait son deuxième pèlerinage, Uthmân n’ayant pas reçu de sa famille l’autorisation d’aller à la Mecque, retourna au Gobir. Revenu de la Mecque vers 1786, Malam Djibril s’installa de nouveau en Adar, à la limite du Gobir, dans la région de Galmie (6). Les étudiants se rassemblèrent autour de lui, parmi eux : Uthmân Dan Fodio, qui vint le rejoindre ; il resta auprès de lui pour parachever sa formation spirituelle. Il étudia les œuvres des grands mystiques tels que : Qawâid at Tasawwuf (les bases du soufisme) du Cheik Ahmad al-Zarrûk, l’enseignement du saint musulman ‘Abdul-Qadir al-Jîlânî (m.1166) et les œuvres des grands maîtres de la théologie et de la mystique musulmane tels que : Abû Hâmîd al-Ghazali (1111) « Le revivificateur de la religion » ou ( la preuve de l’islam ) « khujat al-islâm » (1111), Muhyî al-clin ibn al-Arabî « le grand maître » (1240) Abû walîd b. Rushd (1126-1198) Al-Muhâsibî, le maître de « l’examen de conscience » (857).

– A Degel

Uthmân suivit l’enseignement de son maître jusqu’à sa mort (7), malgré quelques divergences Malam Djibril restera son « maître » spirituel. Il n’hésita pas à le glorifier pendant les séances de discussions. Il lui disait : « Malam Djibril le Cheik des Cheiks, le modèle des savants… unique dans sa vie et sans égal à son époque » (8)

Uthmân Dan Fodio n’est pas un pur muqallid (imitateur, reproducteur). Tout en reconnaissant le savoir encyclopédique de son maître, il gardera toujours une distance intellectuelle. Ainsi, concernant le syncrétisme religieux dans les états Haoussas de l’époque, il rétorqua à son maître qui se plaignait de la perte de foi chez les rois: « La désobéissance à la religion ne devrait pas être considérée comme une perte de foi, cette doctrine est soutenue par les kharigites. »(9).

Les prédications de Malam Djibril lui vaudront l’hostilité des rois de la région, mais son influence et sa célébrité étaient si grandes que personne n’osa l’inquiéter. Il a interprété l’islam de manière dure, dans l’intérêt de sa communauté. Il ne séparait pas l’esprit du temps et surtout des réalités socioculturelles africaines. Il appela à l’observation stricte des lois islamiques ; pour Malam Djibril, il faut libérer l’homme du garrot du syncrétisme et du rigorisme animiste. Les rois ne sont pas à l’origine de cette confusion disait-il, mais ils n’ont pas mis non plus fin à cette confusion de pratiques religieuses. Malam Djibril disait de certains actes de désobéissance à l’égard de l’islam :

 « Comme d’avoir plus de quatre femmes, de permettre la mixité ou de priver les orphelins de leurs droits, devaient être interdits »(10).

 Selon Malam Djibril, les auteurs de ces pratiques devaient être frappés d’anathème et exclus de la communauté. Cette dénonciation se trouvait aussi bien dans ses écrits que dans ses discours, mais peu de ses œuvres nous sont parvenues. Car, d’après Bivar (11) :

« Malam Djihril avait contribué substantiellement à la littérature religieuse de l’époque. Le Cheik Uthmân dans son Nasa’ikh al’Ummat al-Muhamadiyya mentionne deux de ses écrits : un ouvrage en prose rythmée et un poème ».

A ce propos Al-Masri note que :

 «Le titre du premier ouvrage, écrit en prose, n’est pas encore connu ; dans Nasaikh de Uthmân Dan Fodio, il est signalé que Abdoullah le recopia avec Malam et discuta de son contenu avec lui. »

Uthmân Dan Fodio, du vivant de Malam Djibril, écrivit là-dessus un commentaire intitulé :

«Sifu’a al-jalili fimâ `askala min kalâm faykh ,Suyûhina» (12), (remède précieux dans ce qu’a dit le Cheik de nos Cheiks) où il reproduisit un des livres du Malam Gibril intitulé : « al-manzhum fi takfir âhl al-sù’dân… », (série d’étude sur la pensée des gens du Soudan).

Dans ce pamphlet de sept pages, le Cheik Uthmân essayait de défendre la thèse de Malam Djibril notamment sur le chevauchement entre les pratiques animistes et l’islam. Selon le Cheik, ces pratiques relèvent de la période antéislamique «Jahilfyya ». Malam Djibril prôna l’observation stricte des pratiques islamiques au Soudan, en s’appuyant sur les textes des grands penseurs musulmans tels ‘Abdul Rahmân al-Suyûtî et al-Buhârî. Le Cheik Uthmân Dan Fodio n’hésita pas à dénoncer l’ambition de son maître et son amour excessif pour la communauté islamique qui ; selon lui, l’induisit en erreur et fit naître en lui une pensée parfois pleine de contradictions. Malgré cela, Uthmân essaya de minimiser les erreurs de son maître, il ajoutait : « Oh ! Frères, ne pensez pas du mal de ce grand Cheik… ». Car, c’était lui qui commença à ouvrir les portes du savoir islamique au Soudan et c’est à nous de compléter son œuvre»( 13).

A chaque rencontre avec son maître, Uthmân Dan Fodio renouvela son estime et lui rappela qu’il se considérait comme son disciple continuateur de son œuvre. Âgé d’une vingtaine d’années (1774), Uthmân reçut de Malam Djibril une licence appelée Ijaza qui lui permit d’enseigner et de donner des consultations juridiques (Fatâwâ). Ainsi, commença sa carrière d’enseignant et de prêcheur.

De 1774 à 1789, il sillonna les villages, prêchant du Gobir au Zamfara, de l’Adar au Gourma et du Kebbi au Daura. Les fidèles furent nombreux, il haranguait la foule tantôt en haoussa, tantôt en peul, invitant la population à l’observance des principes fondamentaux de l’islam. Au cours de ce parcours spirituel, il sut intéresser la masse rurale à sa cause. Pour le Cheik Uthmân, le rôle de la religion est de faciliter la vie et non de la compliquer. Ce fut donc avec un esprit ouvert qu’il reprit le bâton de pèlerin (14) de Malam Djibril. Modibo (15) Degel prêchait la raison et la science :

«Le véritable musulman est celui qui, dans les actes de la vie et de la religion, s’en tient à la raison ». .. «La religion ne doit pas s’ériger en obstacle entre les âmes et ce que Dieu leur a insufflé de disposition à connaître … La religion doit nous inciter à rechercher le savoir (`ilm), nous pousser à fournir des efforts pour acquérir toutes connaissances ».

D’après Malam Aboubacar Sokoto, ce serait commettre une grave erreur que d’attribuer au Cheik Uthmân l’allure d’un piètre musulman emporté par l’ambition et le pouvoir. Certains signes liés à sa mort en (1817) montrent le contraire. En effet, aux dires de son fils et successeur Muhammad Bello il fut parmi les awliyâ, c’est-à-dire de ceux qui ont réalisé la (demeure de l’âme) «man tahaqqaqa bi manzil al-nafs ».

Ces hommes spirituels que le Cheik lui-même désigna aussi par le terme al-rahmâniyya, du nom divin al-rahmân « ceux qui se dirigent vers la demeure des souffles », allusion au hadith du Prophète : « Le Souffle Miséricordieux me vient du Yémen. » Les awlyas ont le pouvoir de percevoir une réalité imperceptible au commun des mortels au travers notamment de l’odorat « al-sâmm » : « L’une des caractéristiques de celui qui a atteint cette station maqâm » déclare Cheik Uthmân : « c’est qu’à sa mort, lorsqu’on regarde son visage, alors qu’il est mort, on le croit vivant ; on le croira seulement mort après l’examen de son pouls […].» (16)

 Muhmmad Bello raconte : « J’ai constaté chez mon père, que Dieu lui fasse miséricorde. Pour un peu on aurait hésité à l’enterrer, tant, par l’expression de son visage, il ressemblait aux vivants tandis que, par la cessation de son pouls et de sa respiration, il ressemblait aux morts.. je l’embrassai, lui fis mes adieux et sortis en lui disant : « Père, je vais à la mosquée ».(17)

Le Cheik eut trois femmes dont l’une s’appelait Mouna ; il aurait eu une dizaine d’enfants dont le plus âgé s’appelait Roufai. Les plus lettrés de ses enfants sont : Muhammad Bello et Attikou, pour les garçons; Nana asmahu, pour les filles.

Malam Junayd, désigne Muhammad Bello comme étant :

« Parmi les enfants du Cheik, Abdullah Muhammad Bello fut le vertueux, le savant, le saint […]» (18).

 Source: Vie et oeuvre du Cheik Uthmâm Dan Fodio (1754-1817) : De l’islam au soufisme   (pour vous procurer le livre cliquez sur l’image en ci-dessous)

Notes :

1) Marata, nom du 72e roi du Gobir.

2) Une des cinq prières journalières, située entre al-Zhur et al-Magrib, vers 16 heures.

3) Ville historique et chef-lieu de département au Niger ; elle est située au Nord de Niamey. Uthmân aurait vécu dans une maison située près de l’emplacement de l’actuelle Mosquée dite Sardawna.

4) Grand juriste Malikite, parmi ses œuvres notons :

– Anwâ’ al-buruq fi anwa al furuq

– Sarh tanqih al-fusul

5) Ces livres représentent la base de l’enseignement théologique dans le Soudan central. Aujourd’hui, on trouve beaucoup des commentaires théologiques inspirés par ces textes.

6) Région située dans le Niger actuel

7) Nous manquons malheureusement d’informations sur la vie et l’œuvre de Malam Djibril.

8) HISKETT: op. cit. pp. 577-596.

9) Groupe de musulmans ayant refusé, en 657 après J. C., la désignation au Califat de ‘Ali, et s’étant opposé aux Umayyades et aux Abbassides. Littéralement « Les sortants ».

10) JOHNSTON : The Fulani Empire of Sokoto, Oxford University, Press, London, 1967, p. 33

11) BIVAR et Hiskett: The arabic litterature of Nigeria to 1804, B.S.O.A.S, Vol. XXV, n°1,1962, p. 140.

12) Manuscrit n°64, ALA II, pp71, disponible dans notre collection privée.

13) Nasâ’il al-umma al-Muhammadiyya lî -bayân al -firaq al- shaytaniyya allâtî zaharat fî bilâdina ‘l-sûdâniyya, manuscrit n°48, ALA II, pp67

14) La tradition populaire dit que Malam Gibril revint de la Mecque avec un drapeau qu’il remit à Uthmân, par cet acte, le maître Malam Gibril faisait de lui son successeur au Soudan central.

15) Surnom attribué au Cheik, modibo veut dire érudit en peul.

16) Kitâb al-zuhd, folio5.

17) JUNAYD op. cit p1 5.

18) Manuscrit fiche n°5 nouveau catalogue, I.R.S.H-Niamey « Note sur la vie d’Uthman dan Fodio » par Malam Junaydu, non daté

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